au Hangar

Réalité

Ardestop

Du lundi 01 mars 2021 au dimanche 07 mars 2021 Hangar DD/MM/YYYY 01/03/2021 Europe/Paris Cirque Jules Verne - Réalité Hangar

Aujourd’hui, c’est quoi le bonheur ? S’écouter davantage, respecter son corps et en prendre soin, vivre plus sainement, changer son régime alimentaire, acheter local, faire de l’exercice, s’entretenir, et s’incliner devant ces recommandations et injonctions au bien-être qui dictent nos modes de vies, pourtant régies par une société plus malade que les concitoyens qui la constituent. L’image projetée de soi-même, comme un larsen visuel, a pris la place de ce que nous sommes réellement : des personnes émotives, changeantes, variables, instables, fragiles, mortelles, déterminées, collectives, impliquées… humaines.

« Et ce sont les maladies, dont on juge multiples les causes, qui o rent le plus de possibilités pour désigner métaphoriquement tout ce qui est estimé être détraqué sur le plan moral ou social. »
Susan Sontag, La Maladie comme métaphore.

Quelle est la maladie de notre société ? Comment l’imagination collective nous pousse à de moins en moins regarder l’intérieur de notre corps, comprendre son fonctionnement, ses forces, ses failles ? Est-ce tabou d’être malade ? Le temps de la maladie est souvent vécu comme une prise de conscience. Par ce déclencheur, on découvre une relation nouvelle à son corps. Une écoute qui fait écho au spirituel. Que faisons-nous de notre rapport à l’invisible ? Comment préserver le dialogue avec notre silence dans tout ce bruit ? Qu’est ce que la spiritualité ? Où se trouve-t-elle ?

Réalité veut poser toutes ces questions en mettant en scène trois personnages : une femme d’une vingtaine d’années, un homme entre 30 et 40 ans et un cinquantenaire. Pour le moment la scénographie s’articule autour d’un objet extrêmement symbolique : la poubelle, plus exactement 3 poubelles, de 1000 litres chacune. Cet objet banal demeure commun à tous et questionne notre rapport au nauséabond, à ce que l’on ne veut pas voir.

Écriture et mise en scène : Ardestop – Naïm Abdelhakmi Avec Marlène Hannon, Christophe Carpentier et Henri Botte Musique : Blaise Desjonquères Costumes : Élodie Derache Régie son : Charlotte Verriez Scénographie : Ardestop Chorégraphie : Sofiane Chalal

Production La Générale d’Imaginaire Coproduction et résidences Le Boulon – CNAREP – Vieux Condé / Cirque Jules Verne – Pôle National Cirque et Arts de la Rue – Amiens / Lieux Publics – CNAREP – Marseille / 232U – Aulnoye-Aymeries

Ardestop
D’abord peintre, photographe, sculpteur et vidéaste, Naïm Abdelhakmi est un artiste pluridisciplinaire. Son champ de compétences artistiques fait de lui un artiste complet. Il travaille la forme et le contenu avec une égale précision et ses spectacles ne laissent pas indifférent. Le rythme des scènes, les récits joués, la place du son, du corps, du mouvement sont autant de notes sur une partition où chacune d’entre elles est essentielle. Il aime bousculer, remettre en cause, questionner le monde qui l’entoure et son objectif est d’amener les gens à partager ses interrogations à travers des expériences sensorielles et émotionnelles fortes. Le fonctionnement de la société et les manières dont l’humain la parcourt sont ses principales sources d’inspiration.

Son parcours atypique, des Beaux-Arts à la mise en espace public, en passant par l’acrobatie et la cascade, a mis sur son chemin le Pudding Théâtre, le Théâtre de l’Unité, la Fai-Ar et il est depuis 2015 Ardestop. Il a depuis créé B4T4RD5 et IN_MORTEM et aujourd’hui : Réalité.

Bonjour Naïm ! Avec cette création, tu abordes la question de la maladie. Tu fais un parallèle entre le combat pour guérir d’une personne malade et les inégalités sociales de notre société. Tu travailles sur ce projet depuis presque 2 ans, mais aujourd’hui avec la crise sanitaire liée au Covid 19 tout cela paraît plus que jamais d’actualité. Est-ce que cette réalité va influer sur ta création ?
Réalité, c’est une crise intérieure, le cheminement de la pensée dans le corps. Le corps malade comme la métaphore d’un système, d’une société. Une architecture d’émotions et de limites. Susan Sontag* m’a amené à penser au-delà de la maladie. Depuis le mois de mars 2020, l’ensemble de mes recherches a pris vie dans la réalité. C’est absolument grisant. Je n’attaque pas à chaud l’actualité ou l’histoire contemporaine. Je recherche plutôt l’axe humain, la place de l’esprit, de l’insensé, de l’inefficace, du déficient, de l’anormal dans nos codes et nos valeurs de sociétés occidentales modernes et développées. Réalité propose un voyage dans le temps. Trois temps, trois décennies d’interprètes, trois histoires qui se complètent. Jouer avec le temps, c’est ce que je fais avec mes images. C’est ce que j’aime faire dans l’instant d’une représentation. C’est aussi une manière d’aborder le réel avec ironie et poésie. La réalité m’ennuie, ce sont les gens qui m’intéressent et les personnages qu’ils camouflent. Chacun a un vécu et un destin unique. Belle métaphore que l’instant du spectacle. Je me questionne sur la spiritualité de nos sociétés. La santé comme la porte d’entrée dans le corps. Le corps comme un monde à inventer. Un monde qui nous regarde et nous questionne.
* autrice de La Maladie comme métaphore, 1978


En marge de Réalité, tu proposes des impromptus dansés dans des lieux de rassemblement du quotidien comme des supermarchés, des bureaux de poste… Qu’est-ce que ces impromptus peuvent apporter de plus au spectacle ? Quelles réactions souhaites-tu provoquer dans ces endroits absolument pas dédiés au spectacle vivant ?
Réalité est un processus qui connaîtra plusieurs phases. La place des spectateurs est primordiale dans mon approche de l’espace public. J’aime l’idée de déformer le réel sans pour autant «spectaculariser» le quotidien. Ces impromptus sont des actions presque politiques dans un sens polyphonique et de questionnement collectif. Plusieurs pistes se croisent dans cette écriture, la première sera un spectacle en fixe pour trois comédiens, une autre sera présentée sous la forme de trois déambulations simultanées, une dernière sous la forme d’actes en continus hors convocation, hors rendez-vous, hors cadre (les impromptus). Il s’agit d’un cheminement. Réalité ne donne pas de réponse. Par contre les champs de questionnement, de développement et de propositions artistiques se déclinent en termes d’échelle de perception, de placement de l’art comme medium politique, d’émancipation de l’Œil émotif.
Et quelles réactions je souhaite provoquer dans ces endroits non dédiés au spectacle vivant ? Si cette dernière étape est « moins spectaculaire », c’est aussi parce qu’elle tend à créer un dialogue direct avec le réel en brisant le quatrième mur, l’horaire de début et celui de la fin, le lieu « balisé pour », en construisant sur l’instant avec l’existant. Beaucoup d’artistes aujourd’hui questionnent le réel, la place de l’art dans la sociologie, les sciences, ou même le développement personnel. Je pense me reconnaître dans cette mouvance. Il n’y a aucun résultat souhaité. C’est justement là que s’invite l’inconnu, l’inédit. On ne fait pas de rencontre en les provoquant, en les prévoyant, on rencontre des occasions qui nous portent ou non. J’en ai assez de participer à cette productivité des idées et de la créativité. Ce qui ne m’empêche pas d’admirer la beauté quand je la vois, et de proposer une « observation partagée » de cette beauté.

Illustrations : Ardestop

Réalité en bref

Création : printemps 2021
à voir à La Rue est à Amiens 2021

La compagnie en bref

Direction artistique : Naïm Abdelhakmi
Compagnie créée en : 2015
Implantée à : Aulnoye-Aimeries · France
Nombre de créations : 3

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